Françoise GIROUD (1916 - 2003), femme de presse politique française, nous livrait en 1972 cette anecdote croustillante dans son livre Si je mens (éditions Stock, Coll. "Le Livre de Poche").

Chamberlain, comprenant qu'il n'est pas "The" Premier ministre capable d'être le chef de l'Angleterre en guerre, il choisit lui-même son successeur, et désigna Lord Halifax. Churchill accepta d'abord, par son sens du devoir et du patriotisme, en comité restreint, de faire partie du cabinet en tant que numéro 2.

« Un homme qui avait un peu de génie, Lord J Beaverbrook, le tycoon de la presse anglaise, demande à Churchill de le recevoir d'urgence et lui dit : "Il paraît que vous avez accepté qu'Halifax soit Premier ministre ? Ce n'est pas possible : Churchill répond qu'il s'agit là d'une affaire d’état et qu'il n'en discutera pas avec lui. Beaverbrook insiste. Beaverbrook dit : "C'est un crime contre la Nation. Il n'y a que vous qui puissiez mobiliser la Grande-Bretagne", il insiste, il discute; Churchill est au fond convaincu de ce que dit Beaverbrook, mais objecte : "J'ai donné ma parole, je ne la reprendrai pas."

Alors Beaverbrook dit : "Je vous demande une seule chose. Quand vous serez convoqué par Chamberlain avec Halifax et qu'il vous demandera de confirmer votre acceptation, restez silencieux trois minutes. Trois vraies minutes. Cent quatre-vingts secondes. Avant de dire oui. Au nom de l'Angleterre, je vous le demande !

Churchill trouve cela saugrenu et ne voit pas comment ca pourrait changer la situation, mais il a de l'amitié et de l'estime pour Beaverbrook. Il promet.

Le lendemain, Churchill et Halifax sont dans le bureau de Chamberlain, à Downing Street. Et Chamberlain dit : "Voulez-vous, je vous prie, confirmer à Lord Halifax que vous acceptez d'entrer dans son cabinet ?..." Et Churchill se tait. Une minute. Il se tait. Une minute et demie, il se tait. Avant que les trois minutes se soient écoulées, Lord Halifax disait : "Je crois que c'est Winston Churchill qui doit être Premier ministre". »

Ceci est une négociation bien menée, n'est-t-il pas !

Voila une histoire, parmi des milliers d'autres, qui démontre que le silence est parfois une arme bien plus efficace que la parole, et notamment pour obtenir ce qu'on n'a même pas demandé. À méditer... et à réutiliser dans vos présentations ou formations à des commerciaux récalcitrants ;-)